Interwiew de Daniel Radcliffe
Joyeux jour de "Martin Luther King" !
- Merci, vous aussi.
Mardi, Barack Obama deviendra notre nouveau président. Nous nous préparons à voir une semaine très spéciale aux Etats-Unis. Est-ce que tu te sens encore plus britannique d'être ici maintenant, ou un peu moins ?- Je me sens privilégié d'être ici pour l'inauguration d'Obama. Mais j'ai tendance à me sentir doublement britannique quand je suis loin de chez moi. J'ai appris certaines phrases ici aux Etats-Unis que je prévois d'effacer dès que je rentrerai à la maison.
Des exemples ?
- “I know—right?” Cette phrase et son rythme sont très américain et pas vraiment utilisé en Angleterre. J'ai commencé à dire ça, et les gens se moquent de moi quand ils viennent me voir. Mais revenons à Mr. Obama. Je suis fier et heureux pour ce pays. Il est tout ce que le reste du monde aime à propos des Etats-Unis. Il est à la fois Martin Luther King et John F. Kennedy. C'est un pionnier. Il est le symbole du progrès, ce que nous aimons à propos de votre pays. Ce que vous aimez à propos de l'Angleterre, ce sont les vieux bâtiments et tout ça. Les traditions. J'aime ça aussi. Mais Obama est ce que nous attendons de vous.
Et puis-je ajouter quelque chose ? J'aimerais prendre l'opportunité d'adresser une invitation aux Obama, que si leurs filles voulaient avoir une visite privée des studios d'Harry Potter, je serai honoré d'être leur guide personnel.
La Grande-Bretagne nous a battu en ayant un Premier Ministre femme. Mais est-ce qu'une telle chose pourrait se passer en Angleterre - un homme noir élu comme Premier Ministre. Ou un Pakistanais ?
- Je pense que c'est ce qui arrivera. Ca se passera avec un homme chinois avant de se passer avec un homme noir. Je ne sais pas pourquoi, mais la politique anglaise est représentée par des blancs. Ca concerne beaucoup la structure des classes sociales. Et en particulier, avec le Parti Travailliste. Le Nouveau Parti Travailliste maintenant. Ils sont très aristocrates. Bien sûr, vous ne pouvez pas critiquer les gens d'être nés dans cette classe, mais ça semble s'installer et il faut que quelqu'un arrive et fasse bouger les choses. C'est ce que ma génération manque en Angleterre, et ce que les Etats-Unis viennent d'avoir avec cet homme fantastique, Barack Obama. Nous n'avons pas d'homme politique où nous sommes tous derrière. Les partis en Angleterre sont maintenant tellement proches que les gens de mon âge ne prennent pas la peine de voter car ça sera pratiquement le même genre de personnes au gouvernement. Je veux dire, regardez les dernières élections municipales de Londres : la raison pour laquelle Boris Johnson a gagné est simplement car il a présenté Have I Got News for You quelques temps avant, qui est une émission satirique anglaise. C'était un vote pour la célébrité. Mais pendant cette élection, j'étais la seule personne que je connaisse de mon âge qui a voté. Aucun de mes amis ne se sont faits enregistrés sur les listes.
Revenons à la possibilité d'un Premier Ministre Pakistanais, que penses-tu du terme qu'a utilisé le Prince Harry : "Paki" (nom très péjoratif) sur la vieille cassette qui a fait surface ? Es-tu un royaliste ?
- Non. Je ne suis pas un royaliste. Pas du tout. Je suis pour la république dans le sens britannique du mot. Je ne vois pas l'utilité de la monarchie, alors que je suis un grand patriote. Je suis fier, fier, fier d'être Anglais, mais je pense que la monarchie symbolise beaucoup de râtages dans le pays. Pas que ce qu'ils fassent soit mauvais - mais ce symbole de division des classes n'est pas quelque chose que j'aime spécialement. Et pourtant, je suis un enfant de la haute bourgeoisie. Je n'ai rien contre les royalistes en tant que personnes. Je ne les ai jamais rencontré. Mais ce que le Prince Harry a dit sur les Pakistanais était stupide. Il était sûrement très jeune à l'époque. J'espère qu'il a appris à ne plus dire de telles choses ou au moins à ne pas être filmé lorsqu'il les dit. La plus grosse chose pour moi, ca a été lorsqu'il a porté un uniforme Nazi lors d'une soirée costumée.
Ta mère est Juive. Est-ce que tu t'identifies toi-même comme Juif ?
Absolument. Vraiment. Mon père vient d'Irlande du Nord, et ma mère est juive. Bien que je ne sois pas religieux, je suis très fier d'être Juif.
Ca a dû t'aider d'être ici à New-York. Es-tu prêt pour la fin d'Equus ?
- Je serai très triste. Les films Harry Potter m'ont apporté une réputation. Et faire Equus à Londres et maintenant à New-York a consolidé ça et m'ont apporté un certain respect. Ca restera toujours ma première expérience au théâtre.
Quelle sera la deuxième ? Une comédie musicale ? Je t'ai vu faire ton numéro au Gypsy of the Year avec l'équipe d'Equus. C'était très charmant.
- J'aimerai beaucoup faire une comédie musicale. Vraiment. Il faut juste trouver la bonne.
Qu'est-ce que ça fait de jouer dans la petite cour du théâtre ? C'est très différent d'un film. Beaucoup plus collégial et extraverti et... ne nous voilons pas la face...gay.
- Et pour la plupart des hommes hétéros - et je sais que je suis coupable de ça parfois - quand vous savez qu'un homme gay a un faible pour vous, c'est la chose la plus flatteuse.
Padonne-moi, mais laissons de côté le politiquement correct, j'ai rarement rencontré un acteur hétéro qui n'est pas un "fag had" (qui a des amis proches gays). En-es tu un ?
- Oh, oui. Absolument. Ma mère était directrice de casting et mon père était agent littéraire et j'étais entouré de gays depuis tout petit. Et j'étais le seul garçon de ma classe qui avait de cette relation avec les hommes gays. La plupart de mes amis avaient des parents qui travaillaient dans des banques ou dans des bureaux d'avocats, donc aucun d'entre eux n'a été exposé à l'homosexualité comme je l'ai été - comme une chose normale. Alors ils ont eu une attitude complètement différente de moi face à l'homosexualité.
Beaucoup d'entre eux l'étaient.
- Et bien, je ne suis pas allé en pensionnat si c'est ce que vous voulez dire. C'est une chose que l'on doit à Harry Potter. Ca a restauré la réputation des pensionnats anglais. Ca a fait quelque chose d'autre qu'un foyer d'homosexualité. Chaque fois qu'un nouveau livre Harry Potter sortait, le nombre d'anglais dans les pensionnats augmentait.
Il y a un grand genre de littérature centré sur les orphelins. Ton premier rôle à neuf ans était David Copperfield. Il y a eu Oliver Twist. Jane Eyre. Faulkner's Light in August. Presque tous des super-héros. Quelle est ta théorie sur le fait que ce genre a autant de succès, depuis qu'Harry est sûrement le plus connu de tous ?
- Je suppose que c'est parce que nous aimons les opprimés. J'ai vu James Carville parler à la télévision et il a dit une chose fantastique. C'était pendant les derniers jours de la campagne de John McCain. Je suis devenu obsédé par la politique durant la campagne. J'adore Joe Scarborough. Vous avez vu Morning Joe ? Je l'aime bien. Qu'est-ce qu'il a dit ? "On est Américains par chance. On est sudistes par la grâce de Dieu." Cette phrase est géniale.
Mais revenons à Carville et les orphelins. Il a dit que McCain devrait être l'opprimé. Il a dit que les Américains adorent les opprimés mais détestent les perdants. Et pour un orphelin, depuis le début, la part la plus basique et primitive de ta vie, c'est le destin qui a été contre toi. Tous les gens qui travaillent et qui réussissent, dans le sens conventionnel, le doivent à leur famille. Pour être pris au sérieux, il faut travailler deux fois plus pour arriver à être reconnu. C'est étrange que pratiquement tous les rôles que j'ai joué ont été un enfant qui venait d'une famille défaillante car la mienne est l'opposé de ça.
Tu es un enfant unique qui a eu du succès partout dans le monde à un très jeune âge. La célébrité elle-même est devenue une présence dans ta vie. Je suis sûr que tu as une relation d'amour/haine avec elle. Dans ce sens, la célébrité est-elle comme une soeur pour toi ?
- Ce n'est pas vraiment la célébrité, mais plutôt la personne que je suis quand je suis devant un public ou en interviews.
Donc tu es devenu ton propre frère ?
- Je pense, dans un sens, car tu développes deux personnalités. Tu n'en es même pas conscient. Quelque chose se passe. Comme quand j'étais à Inside the Actor's Studio. L'adrénaline monte en toi et ton cerveau commence à travailler très, très vite. Les gens me disent toujours, "Oh, tu es tellement marrant dans les interviews." Et je réponds, "Et bien, je ne suis pas réellement comme ça dans la vraie vie." C'est ce que la célébrité fait. On acquiert une autre personnalité.
As-tu contacté ta co-star dans Harry Potter - Robert Pattison - pour lui donner quelques conseils sur sa soudaine célébrité grâce aux films Twilight ? Il a dit un jour que si elles devaient choisir entre lui et toi, les filles te choisiraient à chaque fois.
- Je n'ai pas son numéro, donc je ne lui ai pas parlé. Mais je peux assurer que les filles le choisiraient lui, pas moi. Il est plus joli et peut être beaucoup plus charmant. Et il peut être sexy.
Tu es sexy, Daniel. Allez. Admets-le.
- Mais je ne sais pas comment être sexy. Rob a juste a rester debout là et regarder quelque chose et il en est beau. Et moi je ne peux pas faire ça. Je bouge tout le temps.
Tu souffres de dyspraxie - qui est une sorte de dyslexie physique. De quelle manière est-ce que t'as affecté en tant qu'acteur ?
- Je n'en souffre que très légérement. Je le contrôle presque maintenant. Je jouais beaucoup aux jeux vidéos quand j'étais gamin ce qui m'a vraiment aidé. C'est juste une mauvaise coordination. Un autre exemple de ça est mon horrible écriture car je ne peux jamais dire quand le stylo va toucher la feuille de papier.
Et pour le côté émotif de ton jeu d'acteur, j'ai lu que tu étais un grand fan du poète John Keats.
- Exactement. Le plus grand.
Je me demandais si sa théorie de la capacité...
- ...négative.
Oui. Est-ce que tu utilises la théorie de la capacité négative dans ton approche de jeu ? Il est venu avec cette théorie après avoir vu Shakespeare - que les vérités les plus profondes peuvent être trouvées dans l'incertain et le doute et le mystère et pas dans "l'irritable recherche des faits et de la raison".
- Absolument. Vous m'avez percé à jour. La vérité est qu'elle est trouvée dans les choses qui ne sont pas certaines et pas solides et pas faciles et pas simples. Garder son attitude d'enfant est important aussi. Avoir le sens de la curiosité pour toutes les choses du monde. Employer cette curiosité à bien est ce qui fait le jeu d'acteur.
Un des thèmes principaux des livres Harry Potter est l'innocence. Y-a-t'il un parallèle dans ta propre vie avec les films que tu as fait en tant que star ?
- Il n'y a pas eu d'innocence dans ma propre vie. Il n'y a rien de plus amusant qu'être un enfant de 13 ans sur un tournage. C'est fantastique. Mais il y a une différence de star-système aux Etats-Unis et en Angleterre. Les enfants stars aux Etats-Unis sont traités comme des stars en premier, et comme des enfants en second. Mais en Angleterre, vous êtes juste traités comme un enfant. Vous entendez toujours, "Ne grandis pas trop vite". C'est pourquoi j'ai été capable d'avoir la tête au-dessus de tout ça.
Qu'est-ce que tu lis maintenant ? Je sais que tu es un grand lecteur.
- Je suis très paresseux en ce moment et je lis P.G. Wodehouse. Beaucoup de Jeeves et de Wooster.
C'est la chose la plus triste que tu as dites de toute la journée. Tu as vraiment le mal du pays, n'est-ce pas ?
- Oui. Juste ce matin j'écoutais Noel Coward chanter, “I went to a MAAAAAAVELOUS party with Nunu and Nada and Nell...”
Je croyais que tu écoutais du punk rock.
- Oui. Mais voilà ce qu'être à l'étranger a fait de moi.
Une dernière question. As-tu déjà couché avec Dame Diana Rigg ?
- Pas encore. Bien que je sois pressé que ça arrive, j'attends toujours le jour où ça se fera.
Ca a été un plaisir de te rencontrer, Daniel.
- I know—right?